[Critique I] Derrière l’écran de la révolution sociale

J’avais présenté il y a quelques temps le quatrième de couverture de ce livre : « Derrière l’écran de la révolution sociale », de Nicolas Séné. Et bien voilà, après quelques péripéties, je l’ai enfin reçu, et je l’ai commencé ce week-end. Au passage je tiens à remercier son auteur qui a répondu avec vitesse et gentillesse pour me trouver un libraire capable de me le fournir…

Je vais donc tenter de décrypter ce livre et de donner mon avis sur les différents thèmes et aspects des SSII qu’abordent ce livre, du haut de mes quelques années d’expérience… Je ne vais pas le faire en une seule fois… De ce que j’en ai lu, j’ai quand même pas mal de remarques à faire… Donc autant prendre mon temps. 🙂

Et c’est parti…

Chose sympathique, l’auteur entame son livre par un aveu: au tout début de l’aventure, le monde de l’informatique et en particulier celui des sociétés de service ne lui était pas forcément familier… Un peu comme la plupart des gens d’ailleurs, comme j’ai pu le remarquer à chaque fois que je dois parler de mon métier. Une société de service, on sait que ça existe, mais personne ne sait trop à quoi ça sert et comment ça marche. Nicolas Séné aura donc eu une démarche de documentation, d’information auprès de gens du milieu, pour confronter ses observations à son expérience d’une actualité sociale plus « classique ».
La documentation sera beaucoup basée sur le Munci, ou sur d’anciens employés de Société de service. Le titre explicite, l’introduction et le cadre : à ce moment du livre, je me dis qu’il cherchera plus à dénoncer qu’à comprendre le pourquoi du comment. Pour la peine j’avoue qu’avec cette entrée en matière j’ai eu un peu peur, mais c’est un regard neuf sur un métier que je pratique tous les jours et c’est cette idée qui m’attire, alors continuons.

Chapitre premier : La Régie
Hop, l’auteur entame directement avec un concept bien de chez nous: la Régie. Kézako?Pour simplifier, la régie, c’est le fait de vendre à une entreprise une compétence pour un temps déterminé. « Vous ne savez pas faire ? Pas de problème, nous avons quelqu’un qui saura faire pour vous… ». Bon, là je dois avouer que ça attaque fort, on met le doigt sur quelque chose de pas super net dans les SSII… Parce que la frontière entre l’apport de compétence spécifique, et l’apport brut de main d’oeuvre pour palier à une montée en charge est vraiment très mince.
Le fait est que même en régie, normalement les ordres doivent être pris de la part de notre supérieur hiérarchique (de la même société que nous), et ça, c’est quelque chose de totalement irréaliste. Quand on est chez un client, on bosse pour lui, à son service, et il paye notre présence. Mais d’un point de vue légal, ce n’est pas normal, ce premier chapitre l’explique assez bien: ce travail s’apparente finalement à de l’Intérim, alors même que les prestataires indépendants et intérimaires ne peuvent pas fournir le même service que les SSII… Il y a donc ici un problème de concurrence déloyale, accumulé à un cadre illégal.
Je pense que ça devait arriver… La moyenne d’âge est tellement basse et la charge sur les projets tellement fluctuantes que des SSII ont du vite proposer à leurs clients de s’adapter à leurs besoins en fournissant une main d’oeuvre jeune, pas forcément super compétente, mais flexible. Grosse anecdote, pour ceux qui connaissent, Nicolas Chabrier est cité pour avoir dénoncé ce système dans un article du monde informatique. Ce nom parlera à certains 😉
En tout cas, pour ma part, je n’ai jamais fait de régie… Et je vois clairement que c’est en train d’être progressivement abandonné au profit de projets entièrement sous traités, au forfait (le client paye un prix fixe pour une prestation terminée, pas pour un nombre de jours).

L’auteur enchaîne maintenant avec la relation entre les sociétés de service et leurs clients. Quel est le chaînon qui va gérer cette relation ? Le commercial.

Les commerciaux
Aaaaaahhh les commerciaux… La clé de voute de toute SSII…
Pour argumenter et illustrer son chapitre, M. Séné va faire un parallèle entre l’informatique et un monde qu’il connait un peu mieux : celui de l’automobile. Si l’on considère que le concessionnaire automobile va vouloir vendre une voiture que les ouvriers auront fabriquée (sous les ordres d’un contremaitre à la compétence technique), on comprend aisément qu’il n’y aucun lien entre le concessionnaire et les ouvriers. Alors que dans l’informatique, le rôle du commercial est justement de vendre directement la prestation de l’informaticien, et donc l’informaticien sera directement sous la responsabilité d’un commercial, et non d’un responsable technique.
Un commercial va avoir la responsabilité de plusieurs informaticiens, chaque personne (ou plus communément appelée « ressource »), sera une personne qu’il faudra payer à la fin du mois. Donc le rôle du commercial sera de vendre les compétences de la ressource à des clients pour qu’elle rapporte plus qu’elle ne coute… Logique… Mais voilà, la réputation de « marchand de viande » est née.
C’est le premier chapitre où mon avis est très mitigé… L’auteur nous propose un condensé de différentes histoires « classiques » que l’on a tous entendus au moins une fois (légende urbaine?) où l’informaticien est opposé à son commercial. Il s’en suit dans ces histoires une démission sous la pression, un licenciement abusif pour faute grave, ou ce genre de choses.
On sait tous qu’on a une clause de mobilité qui nous empêche de refuser une mission un peu loin. On sait aussi qu’un refus de mission peut être considéré comme une faute grave, donc un licenciement… Nicolas Séné veut nous montrer ainsi que la société de service dispose d’armes simples pour pousser un employé à la porte plus ou moins facilement. Soit…
Cependant, est-ce propre à l’informatique ? Comment empêcher cela ? Un conflit est l’affrontement d’au moins deux points de vue différents… Comment savoir qui est en tort ? Je ne remets pas en cause les faits avérés, je pense juste qu’il ne faut pas en profiter pour stigmatiser tous les cas à priori semblables. Prenons chaque cas avec des pincettes…

Bon, par contre, c’est clair qu’un axe d’amélioration commun à certaines SSII serait d’avoir un vrai service de ressources humaines. Un service avec lequel faire des bilans de carrière, pouvoir parler de salaire librement (sans impact sur la prime de l’interlocuteur commercial), parce que finalement le commercial n’a jamais été formé à ce genre de choses… C’est le cas dans certaines boites, et c’est une bonne chose. Mais pour une entreprise qui grossit, basée uniquement sur son service commercial et son personnel « technique », j’imagine qu’il n’est pas simple de voir l’intérêt immédiat d’une telle gestion du personnel.

Le parallèle avec l’ouvrier sera, je le pense, présent jusqu’à la fin pour montrer que finalement le monde du service rencontre (ou va rencontrer) exactement les mêmes problématiques sociales que l’industrie du XXème siècle.

Je vais m’arrêter là pour le moment. Les prochains chapitres s’attacheront à expliquer pourquoi la moyenne d’âge des employés est si basse, et quelle est la démarche pour un jeune diplômé, du stage, à la recherche d’emploi, jusqu’à la société de service… La suite au prochain épisode 🙂

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